Ce que notre Pape François a changé depuis son élection :
Le taux d’oxygène remonte, on respire mieux
Par , le 11/3/2017 à 12h00
Alexis Jenni
Écrivain, prix Goncourt 2011 (1)
« Le grand changement dans l’Église depuis l’avènement du pape François, c’est l’oxygène. Le taux a augmenté, on respire mieux. Et surtout on respire avec cette joie de celui qui croyait étouffer, à qui on applique enfin le masque par lequel jaillit l’oxygène vivifiant, et tout s’allège. Comment a-t-il fait ? Je ne sais pas. Par simple humanité sans doute, et cela a commencé dès le premier soir. Il s’est trouvé que je
regardais la télévision au moment de son élection, au moment où il sortait sur le balcon au-dessus de la place Saint-Pierre, le moment où tout le monde, le monde entier, a fait silence, et il a dit : « Sorelle e fratelli... buona sera », et j’ai senti une émotion intense me submerger, les yeux m’en piquaient, j’étais infiniment touché de voir cet homme appelé à une si haute fonction souhaiter simplement le bonsoir comme première parole. C’était infime, mais l’émotion que j’en ressentis m’indiquait que c’était puissant. Ce moment-là, je l’ai revu plus tard, et toujours avec la même émotion. C’était la semence de ce qu’il a été : simple, proche, juste.
L’Église était gouvernée depuis des décennies par de subtils théologiens qui, après réflexion, prenaient des décisions impeccables, rien à redire du point de vue doctrinal. Et puis voici l’homme, celui qui change les choses en n’utilisant pas ce lent processus raffiné, ce trop-plein de culture, ce doux ronron de la machine érudite, celui qui remet avec simplicité l’humain au centre, l’humain avec son élan spirituel et sa misère, l’humain qui aspire à beaucoup et qui fait ce qu’il peut, qui est le soubassement de l’Église, sa matière et son but. Alors, comme le point de vue change, les hiérarchies changent, toutes sortes de problèmes épineux dont la juste doctrine avait grand peine à traiter, ou alors avec des règles rigides et intenables, sont dénoués avec miséricorde et simplicité. « Ceux qui cherchent Dieu avec cœur, qui suis-je pour les juger ? », dit-il sur le ton de la conversation, davantage confiant dans la conscience intime et les ressources de chacun que dans une règle explicite qui jugerait de tout, pour tous, et en toutes circonstances.
L’humain est au cœur de cette Église ouverte au prochain que veut ce pape, et la confiance en l’humain devient le préalable, le but, et l’accomplissement d’une Église bien plus vivante que si elle n’était que subtilement théologique. Le taux d’oxygène remonte, on respire mieux. »
(1) Dernier livre paru : Une vie simple. Rencontre avec la communauté monastique d’Enzo Bianchi (avec Nathalie Sarthou-Lajus), Albin Michel, 210 p., 15 €.